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Point sur la situation en Syrie avec Tariq Ramadan

Rencontre avec le célèbre islamologue Tariq Ramadan qui nous expose aujourd’hui son point de vue sur la situation en Syrie.

Comment analysez-vous la crise actuelle en Syrie? Un changement de régime est-il encore possible ?

Vous savez, je finis par avoir une vision très cynique de ce qui se passe. A mon avis, au début, personne ne s’attendait à ce que le peuple syrien ne soit assez courageux pour descendre dans les rues de la façon dont il l’a fait. Cela a constitué je pense l’une des preuves de « non-contrôle » par l’Occident. Pendant 8 mois, l'administration Obama et les gouvernements européens, ont demandé à Bachar al-Assad de réformer son régime de l'intérieur, et vu qu’il est impossible de faire confiance à l’opposition, il leur a fallu 8 mois pour essayer de renouer avec cette opposition et trouver des gens avec lesquels collaborer. Ils ont fini par décider d’abandonner car on avait là une situation interminable.

Maintenant, il est tout à fait clair que la Chine et la Russie ne veulent pas répéter le scénario qu'ils avaient en Libye parce qu'ils y ont perdu leurs prérogatives, leurs intérêts et leur présence géostratégique. Du coup maintenant, c’est comme si nous avions des accords entre d'un côté, l'Europe et les États-Unis, et de l'autre côté l'Europe et la Russie, acceptant de ne pas se mettre d'accord sur ce point et de maintenir la situation telle qu'elle pour un temps. Mais on a aujourd’hui plus de 170 personnes tuées chaque jour, 65.000 personnes ont déjà été tuées et plus de 1 million de réfugiés, une situation qui je pense ne va pas aller en s’arrangeant. Le fait qu'ils donnent des armes à l'opposition signifie donc qu’ils savent tous pertinemment que cette situation va durer. Mais je pense que celle-ci est qualifiée de «conflit de faible intensité», ce qui signifie qu'elle ne va pas aller au-delà des frontières syriennes. Et malheureusement, personne ne sera prêt, aucun pays, aucun gouvernement ne sera prêt à faire changer cela.

Les États-Unis ont récemment annoncé qu'ils allaient augmenter l'aide accordée aux groupes rebelles en Syrie. Voyez-vous cela comme une stratégie géopolitique plus globale poursuivie par les États-Unis ?

Nous avons entendu que le Qatar et l'Arabie Saoudite finançaient l'opposition, donc ils ne veulent pas intervenir, mais veulent apporter des fonds à l'opposition. Et ce qu'ils veulent est un conflit interne avec je l'espère la victoire de la part de l'opposition. On nous dit donc qu’il s’agit de la seule option. Je ne pense pas, car je pense qu'il y avait une façon de trouver un moyen pour mettre davantage de pression sur Assad. On dirait maintenant que la seule option restante est d'armer l'opposition qui nous l’espérons gagneront suffisamment de terrain pour renverser le dictateur.

Je ne suis pas sûr que cela va résoudre les problèmes du Moyen-Orient, car c’est la première fois que nous avons une telle fracture entre Shi'ia et sunnites, et nous avons des tensions dans plusieurs régions au Iran, au Liban et la Syrie d'un côté, l'Arabie Saoudite, le Qatar, le Bahreïn, et même la Turquie de l'autre côté, de sorte que le Moyen-Orient est fracturé, divisé et très fragile.

Le roi Abdallah II a récemment donné une interview dans l'Atlantique où il semblait dire qu'il y avait une tension fondamentale en Jordanie entre la libéralisation et la démocratisation d'une part et les islamistes radicaux d’autre part. Est-il possible pour la Jordanie de transiter vers une démocratie sans passer par le conflit armé ?

Je ne vois pas une telle chose se produise. Vous savez, juste après les premiers soulèvements en Tunisie et en Egypte, il [le roi Abdallah II] a rejeté son premier ministre, puis il a dû travailler avec des gens dans les rues, les Frères musulmans, et d'autres groupes d'opposition. La monarchie jordanienne n’est pas actuellement pas une démocratie et n’est pas prête à l’être, parce que s'il y avait une démocratie en Jordanie, je pense que la monarchie serait contestée, ce qui rendrait la situation difficile. Donc, je pense que ce que nous pouvons espérer pour la Jordanie est une transition, des réformes qui ouvriraient le jeu politique. Jusqu'à présent, je pense que les seuls gestes symboliques étaient un moyen de survivre à la confrontation, mais pas de véritables réformes structurelles fondamentales d’évolution vers une démocratie.

Vous avez récemment gagné 2 procès contre la ville de Rotterdam et l'Université Erasmus de Rotterdam. Quelles ont été la signification et les résultats de ces deux affaires ?

Vous savez, j’ai été invité à l'Université de Rotterdam en tant que professeur, et travaillais pour la municipalité sur des affaires de citoyenneté et d'identité. Je suis initialement venu non pas comme un savant musulman, mais comme quelqu'un qui possède une expérience « du terrain ». Et puis en raison de la pression de certains partis populistes locaux d'extrême-droite, ils ont décidé de créer la controverse. J'ai gagné la première affaire, quand ils ont essayé de me cibler sur l'homosexualité et m’accuser de mensoges, ce à quoi la municipalité a affirmé que « Tariq Ramadan ne dit rien de mal ».

Et puis deux mois plus tard, ils sont revenus contre moi sur le fait que je travaillais pour une chaîne iranienne, sans même chercher à savoir ce que je faisais et disais ; j’ai toujours été critique envers le régime et soutenu les réformistes, et sur cette chaîne, beaucoup de gens soutiennent les réformistes et sont réformateurs eux-mêmes. Donc, en tant que sunnite, il était également important d'avoir une voix sunnite et ouverte à tous les sujets sur la chaîne Shi'ia. J’ai donc finalement gagné le procès contre la municipalité et celui contre l'Université, ce qui signifie que dans une société où il y a primauté du droit, les citoyens ne devraient pas accepter la discrimination, devraient se lever pour leurs droits, même si la politique ambiante soutient les partis d'extrême droite qui veulent brûler le Coran et le comparent à Mein Kampf. Ces personnes ne sont pas dangereuses que pour les musulmans, elles le sont pour la société toute entière. En tant que citoyens de leur propre société, les citoyens musulmans doivent défendre leurs droits et contribuent à l'avenir de leur société, et l'une des façons de le faire est d'appeler à la dignité et à la justice, et de contribuer à une plus grande solidarité. Ma position sur le sujet était de ne pas laisser faire les choses car cela est injuste et indigne. Les tribunaux aux Pays-Bas ont ainsi confirmé ma position, ce qui est important parce que cela signifie que nous, hommes comme femmes, devons toujours lutter pour nos droits.

T.Ramadan

Source de l’interview(anglais)

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